Accompagner les découvertes à fort potentiel
À l’Institut de la Vision, l’équipe Valorisation accompagne les innovations à différentes étapes de leur développement, depuis la consolidation des premières preuves de concept jusqu’au transfert technologique. Cette dynamique s’appuie sur des dispositifs complémentaires, capables d’intervenir en amont pour sécuriser des résultats comme en aval pour accélérer des projets déjà proches d’une application clinique, d’un brevet ou d’un partenariat industriel.
Deux projets lauréats de la prématuration CNRS / Alliance Sorbonne Université
Le programme de prématuration de l’Alliance Sorbonne Université accompagne les projets innovants à un stade très précoce de développement, lorsque les premières preuves de concept doivent encore être consolidées avant une phase de maturation industrielle ou clinique. Destiné aux projets à fort potentiel de transfert et d’impact sociétal, ce dispositif soutient la validation technologique, les études de faisabilité, la stratégie de propriété intellectuelle ou l’exploration des usages futurs. En 2025, deux projets de l’Institut de la Vision ont été accompagnés.
Le premier, EOD-REVISIO, est porté par Emiliano Ronzitti (Chargé de recherche, équipe Microscopie à modulation du front d’ondes). Il vise à améliorer les stratégies de restauration visuelle fondées sur l’optogénétique. Cette approche consiste à rendre certaines cellules rétiniennes artificiellement sensibles à la lumière afin de compenser la perte des photorécepteurs dans des maladies dégénératives, comme la rétinopathie pigmentaire ou certaines formes de DMLA. Si ces technologies ont déjà permis une récupération visuelle partielle chez des patients, elles restent limitées pour des tâches nécessitant une vision fine, comme la lecture ou la reconnaissance des visages.
Le projet propose d’utiliser des éléments optiques diffractifs et des techniques de modulation holographique de la lumière afin de reproduire plus fidèlement l’organisation tridimensionnelle naturelle des signaux lumineux dans la rétine. L’objectif est de développer des dispositifs optiques compacts capables d’améliorer considérablement la résolution des perceptions visuelles restaurées. À terme, ces travaux pourraient contribuer à une nouvelle génération de lunettes de stimulation optogénétique pour les patients atteints de cécité rétinienne.
Le second projet lauréat, OPIOGEL, porté par Annabelle Réaux-Le Goazigo (Directrice de recherche, équipe Douleur oculaire et neuroinflammation), cible la douleur oculaire chronique, un problème encore largement dépourvu de traitements efficaces. Le programme développe des hydrogels capables de délivrer localement et de façon prolongée un composé ciblant les récepteurs opioïdergiques de la cornée. Cette approche permettrait une action antalgique plus durable tout en limitant les effets secondaires liés aux traitements systémiques.
Les premières données obtenues dans des modèles précliniques sont particulièrement encourageantes et révèlent l’absence d’irritation oculaire, la bonne tolérance des hydrogels et la réduction significative de l’hypersensibilité de la cornée. Le financement de prématuration doit désormais permettre d’optimiser les formulations, de confirmer leur efficacité et de préparer les prochaines étapes vers un développement clinique.
En intervenant à un stade encore précoce, la pré-maturation joue un rôle décisif pour transformer des résultats scientifiques prometteurs en projets structurés et valorisables. Elle permet de lever les freins technologiques, consolider la faisabilité et préparer les innovations à une future phase de maturation, industrielle ou clinique.
Label Carnot, un levier stratégique du transfert technologique
À travers son appel à projets, le label Carnot Voir et Entendre soutient des recherches en phase finale de développement, proches d’un dépôt de brevet, d’un transfert ou d’une application. Il contribue ainsi à favoriser la maturation et l’exploitation des résultats de recherche à travers des projets développés sur 12 à 18 mois, pour un financement pouvant atteindre 50 000 euros par projet.
Parmi les projets soutenus figure PILS (Parallel Illumination for Light Sheet microscopy), porté par Dimitrii Tanese (Chargé de recherche, équipe Microscopie à modulation du front d’ondes). Ce programme développe une nouvelle génération de microscopie capable d’imager plus rapidement, et sur de plus grands volumes, les tissus biologiques vivants grâce à une modulation innovante de la lumière. Cette technologie ouvre de nouvelles perspectives pour l’observation des circuits neuronaux et le développement de systèmes d’imagerie biomédicale plus performants.
Aux côtés de PILS, d’autres projets soutenus par le Carnot témoignent de la richesse des innovations développées à l’Institut de la Vision. Le projet PHOTOPTI porté par l’équipe d’Olivier Goureau (Directeur de recherche, équipe Développement et régénération de la rétine) s’inscrit dans la préparation de futures thérapies cellulaires rétiniennes. Il vise à sécuriser et automatiser la production de photorécepteurs à partir de cellules souches humaines, afin de franchir un cap vers une éventuelle application clinique pour la restauration visuelle.
Autre projet soutenu : tTSP, porté par l’équipe de Florian Sennlaub, autour d’une version recombinante d’une protéine modifiée qui vise à limiter durablement l’inflammation rétinienne impliquée dans plusieurs maladies oculaires, dont la DMLA et certaines uvéites inflammatoires. En activant plus spécifiquement les voies anti-inflammatoires de la rétine, tout en évitant certains effets secondaires associés à la protéine naturelle, elle a déjà montré des résultats prometteurs dans plusieurs modèles précliniques.
Le projet OPIOGEL (présenté page précédente) a également bénéficié d’un soutien du label Carnot, illustrant la complémentarité des dispositifs d’accompagnement à différentes étapes de maturation.
À un stade plus avancé, le label Carnot prend le relais pour accompagner des projets déjà engagés vers la valorisation. Il permet de consolider les résultats finaux, de sécuriser les étapes de protection intellectuelle et d’accélérer le passage vers le transfert technologique, le partenariat industriel ou l’application.