Éditos croisés
Hâtons-nous ; le temps fuit, et nous traîne avec soi : Le moment où je parle est déjà loin de moi.
Nicolas Boileau-Despréaux – Épîtres
Plus de trente ans après ses débuts alsaciens, l’aventure enthousiasmante et précaire de l’Institut de la Vision s’ouvre à de nouveaux chapitres. Les équipes la prolongent, écrivent le vivace aujourd’hui et construisent un avenir porteur de multiples promesses. Invité à partager ces quelques lignes, je rappellerai simplement quelques invariants, quelques évidences qui m’ont guidé.
L es questions qui ont nourri notre ambition commune continuent à traduire celles, aiguës et difficiles, des patients qui entrent dans nos cabinets et nos hôpitaux, de Strasbourg aux Quinze-Vingts, à l’AP-HP ou à la Fondation Rothschild. Qu’ils l’expriment ou la répriment, leur demande est simple : préserver ou restaurer ce sens essentiel, celui qui permet de voir, d’admirer, d’agir et d’interagir avec le monde et les êtres.
Sans cet ancrage permanent, sans le sentiment d’urgence que suscite l’impatience des personnes affectées qui nous accordent leur confiance et nous enjoignent de les aider, la référence médicale devient formelle.
Planté dans l’enceinte de l’hôpital, en contact direct avec les patients, les malvoyants et les aveugles, l’Institut est le lieu d’une coexistence unique entre des chercheuses et chercheurs dits fondamentalistes du plus haut niveau international ou en devenir et des praticiennes et praticiens confirmés ou en formation. Ce partage et cette co-construction sont complexes, car les cultures, les langages et les échelles de temps sont différents. Sans l’humilité et le courage permettant de transformer ces tensions potentiellement clivantes en une convergence volontaire et incessante, l’innovation de rupture ne peut voir le jour. L’excellence et sa mise en œuvre au service du soin sont à ce prix.
Le temps fuit et les succès partiels de nos projets translationnels seront heureusement éphémères, car de nouvelles avancées conduiront au développement d’outils diagnostiques et d’autres thérapies, longtemps jugés hors de portée, nés d’une meilleure compréhension du vivant. Le moment qui s’éloigne doit laisser intacts le goût du possible, la saveur des instants décisifs et, sans nostalgie, la soif de connaître, de toujours renaître ensemble avec toutes et tous pour chacune et chacun. Cette impatience d’enfin éclairer l’obscur nous oblige…
José-Alain Sahel
Président de la Fondation Institut de la Vision
P.S. : Au moment de l’écriture du rapport d’activité, le nom du successeur du Pr Sahel n’est pas encore connu. Nous tenons à remercier chaleureusement Mme Élisabeth ANGEL‑PEREZ, vice‑présidente Recherche et Innovation de Sorbonne Université, d’assurer avec engagement cette période de transition.
L’héritage d’un bâtisseur de lumière
À l’heure où le Professeur José-Alain Sahel transmet le flambeau de la Présidence de notre Fondation, je ne peux m’empêcher de regarder le chemin parcouru avec une immense émotion.
Tout a commencé en 2002. J’ai eu la chance de croiser la route d’un homme qui ne se contentait pas d’être un clinicien d’exception : il était un visionnaire habité par une obsession, celle de vaincre l’irrémédiable. J’ai immédiatement adhéré à son pari fou : bâtir, à partir de rien ou presque, un écosystème unique au monde dédié à la lutte contre la cécité.
Le Pr Sahel n’est pas seulement un chercheur, c’est un architecte du possible. Brique après brique, il a brisé les silos qui séparaient autrefois l’université, l’hôpital et l’industrie. Sous son impulsion, l’Institut de la Vision est devenu ce lieu de convergence où, sur un même site, les plus grands esprits de la science mondiale collaborent avec des cliniciens et des entrepreneurs. Son crédo a toujours été clair : l’innovation n’a de valeur que si elle atteint le lit du patient.
Vingt ans de conquêtes technologiques et humaines. Sous sa direction, nous avons vécu des premières mondiales qui semblaient relever de la science-fiction : de la rétine artificielle à la thérapie génique, jusqu’aux percées récentes en optogénétique. Avec plus de dix entreprises créées et 700 millions d’euros levés, il a prouvé que la philanthropie et l’investissement pouvaient transformer radicalement le destin des malvoyants. Enfin, nous avons créé Streetlab ensemble pour évaluer, avec les patients, le bénéfice des nouveaux traitements en ophtalmologie.
Mais ce parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Le Pr Sahel a toujours eu deux ou trois longueurs d’avance, affrontant les doutes et les obstacles avec une résilience qui force l’admiration. Là où d’autres voyaient des échecs, il voyait des étapes nécessaires vers la réussite. Pour lui, le patient n’est jamais une statistique, mais le cœur battant de chaque recherche.
Une nouvelle ère s’ouvre. Aujourd’hui, l’Institut de la Vision se pare d’une nouvelle identité. Notre nouveau logo et notre communication modernisée, que vous découvrirez dans ce rapport, ne sont pas de simples changements esthétiques. Ils symbolisent le rayonnement international et la vitalité d’une institution qui continue de grandir sur les fondations solides posées par le Professeur.
Chers lecteurs, votre soutien est le moteur de cette épopée. En parcourant ce rapport d’activité, sachez que chaque progrès porte l’empreinte de la rigueur et de l’humanité de José‑Alain Sahel. Nous lui devons de poursuivre cette quête avec la même audace.
Je vous souhaite une lecture inspirante, au cœur de l’innovation qui redonne la vue.
Emmanuel Gutman
Directeur de la Fondation Institut de la Vision