La recherche fondamentale
Comprendre le vivant et accélérer l’innovation thérapeutique
3 questions à…
Serge Picaud
Directeur de l’Institut de la Vision
— Comment votre modèle, de la recherche fondamentale à l’accompagnement en clinique, structure-t-il aujourd’hui vos priorités scientifiques ?
Serge Picaud : Ce qui fait la force de l’Institut, c’est notre capacité à faire dialoguer des expertises très différentes pour répondre à des enjeux médicaux concrets. Cette année l’illustre bien avec l’arrivée de deux nouvelles équipes, les avancées en génétique, ainsi que les financements compétitifs que nous avons obtenus.
Notre dynamique scientifique est solide car elle est portée par des équipes très engagées et par un environnement qui favorise l’émergence d’idées nouvelles. C’est aussi un signal de confiance de la part de nos partenaires et de nos institutions, qui reconnaissent la qualité et le potentiel de nos travaux.
Notre stratégie repose toujours sur cette articulation entre excellence scientifique et capacité d’innovation. C’est ce qui nous permet d’avancer de manière cohérente et d’inscrire nos recherches dans une perspective de transformation concrète des prises en charge.
Nos résultats montrent que nous progressons à la fois dans la compréhension fine du système visuel et dans le développement de thérapies, notamment pour des pathologies rares ou plus fréquentes mais orphelines de traitement.
— En quoi, justement, les travaux sur les maladies rares, comme la découverte de nouveaux gènes, peuvent-ils aussi faire progresser la compréhension et la prise en charge de maladies plus fréquentes ?
S.P. : Les maladies rares sont souvent les premières à révéler des mécanismes biologiques essentiels, parce qu’elles permettent d’identifier très précisément un gène, une voie moléculaire ou un dysfonctionnement cellulaire. Quand nous découvrons de nouveaux gènes impliqués dans des maladies rétiniennes, nous enrichissons notre compréhension du fonctionnement normal du système visuel, mais aussi de ses points de vulnérabilité. Ces connaissances peuvent ensuite éclairer des maladies plus fréquentes, lorsqu’elles partagent des mécanismes communs, comme certains phénomènes de dégénérescence, d’inflammation ou de dysfonctionnement cellulaire. C’est l’une des raisons pour lesquelles la recherche sur les pathologies rares est si précieuse car elle ouvre souvent des pistes beaucoup plus larges que son seul périmètre clinique.
C’est aussi une manière de rappeler que l’innovation thérapeutique commence presque toujours par une compréhension très fine des mécanismes biologiques, avant de se traduire en solutions concrètes pour les patients.
— L’Institut de la Vision a obtenu des financements dans les appels à projets publics (PEPR), que traduisent-ils des priorités pour l’ophtalmologie ?
S.P. : Obtenir des financements publics compétitifs confirme que nos travaux s’inscrivent au cœur des priorités actuelles en ophtalmologie, liées aux enjeux de santé publique.
L’Institut de la Vision coordonne les projets Opticell et On-CHIP, au sein de deux consortiums interdisciplinaires à l’interface biologie–ingénierie. Ils associent partenaires académiques, ingénieurs et industriels pour répondre concrètement aux enjeux du vieillissement de la population et à l’augmentation des pathologies chroniques comme le glaucome, la DMLA ou la myopie forte. Ces financements confirment la force de notre écosystème et de nos partenariats. Ils témoignent de notre capacité collective à piloter des programmes ambitieux. Mais aussi de celle à structurer des approches intégrées capables de valider de nouvelles stratégies thérapeutiques et d’en accélérer le développement.
« Notre stratégie repose toujours sur cette articulation entre excellence scientifique et capacité d’innovation. »